Dans quelle mesure la France en fibre avance-t-elle? L’Arcep vient de faire le bilan 2018 du très haut débit (THD) en France, intégrant le volet fibre optique à domicile (FTTH) dite «de bout en bout». L’autorité de régulation des télécoms observe une certaine accélération mais il faudrait encore intensifier le rythme, selon son président Sébastien Soriano. En effectuant son suivi régulier du marché des services fixes à haut et très haut débit (abonnements et déploiements la montée en puissance des abonnements THD (correspondant à un débit descendant supérieur ou égal à 30 Mbit/s) se confirme sur fond de dynamique FTTH. Fibre optique à domicile: 54% des accès très haut débit Sur le quatrième trimestre 2018, 486 000 nouveaux abonnements dédiés à la fibre à domicile ont été recensés sur un total de 615 000 abonnements supplémentaires THD. Plus globalement, sur l’ensemble de l’année 2018, 2 millions d’abonnements THD supplémentaires ont été enregistrés (contre 1,5 million un an auparavant) pour aboutir à un niveau de presque 9 millions. Le FTTH représente désormais environ 54% des accès THD avec un cumul de 4,8 millions d’abonnements (+1,55 million en un an). Parallèlement, il faut prendre en compte d’autres formes d’accès Internet très haut débit comme le mix «fibre optique + terminaison coaxiale» (correspondant essentiellement à la montée en débit de l’ancien réseau Numericable, englobé dans le groupe SFR): 2,9 millions d’abonnés à fin 2018. «Les près de 10 milliards d’investissements dans les réseaux, tous opérateurs confondus, se traduisent concrètement par l’accélération que nous attendions sur la fibre», évoquait Sébastien Soriano lors de la cérémonie des vœux de l’Arcep organisée en janvier. «Fait particulièrement notable, c’est dorénavant l’ensemble de la communauté des opérateurs qui est à bord de la couverture FTTH. Et cela s’en ressent en termes d’abonnements. Le déploiement s’accompagne enfin d’une migration substantielle.» Les données des déploiements FTTH sur le territoire national ont été mises à jour sur une carte interactive dédiée de l’autorité administrative et en accès open data. Il suffit de taper son adresse postale pour voir l'état des chantiers à proximité. Priorité aux zones AMII Parallèlement, la base potentielle de raccordements doit s’élargir sur le territoire. C’est une nécessité pour favoriser la migration des abonnés haut débit (ADSL) vers le très haut débit (FTTH). Au 31 décembre 2018, c’est une base de 13,56 millions de locaux qui sont éligibles aux offres FTTH, soit une hausse de 32% en un an selon l’ARCEP (+3,2 millions sur un an). Celle-ci signale une autre performance sur le quatrième trimestre 2018: le seuil du million de locaux supplémentaires raccordés aux réseaux THD (dont 630 000 pour les déployés sur le territoire a été atteint. Sur le dernier trimestre 2018, on observe une certaine constance sur les priorités de déploiement des opérateurs: les zones dites «AMII» («Appel à Manifestations d'Intentions d'Investissement», aboutissant à des conventions signées entre opérateurs pour mutualiser les moyens sur une base de 3600 communes localisées dans des zones moyennement denses) concentre toujours la majeure partie des déploiements du FTTH avec 630 000 locaux éligibles. Dans les territoires ruraux, les collectivités territoriales prennent le relais en déployant des réseaux d’initiative publique (RIP), représentant un investissement d’environ 14 milliards d’euros. Orange pressé Le rôle des opérateurs télécoms est majeur dans le déploiement de la fibre. Dès 2012, les opérateurs Orange et SFR avaient pris des engagements devant l’Etat pour couvrir les zones moyennement denses (AMII) mais, dans certains cas, ils ont pris du retard dans leur objectif de couverture. Orange aurait récemment écopé d’une mise en demeure à ce sujet. «Orange n'a pas tenu le délai de deux à cinq ans pour fibrer certaines des zones les plus anciennes. Mais la situation va se rétablir, je suis confiant», précisait Sébastien Soriano dans une interview accordée fin janvier aux Echos. Même si, parallèlement, l’Arcep se déclare vigilante vis-à-vis des prestations et des tarifs wholesale d’Orange pour favoriser une ouverture plus grande à la concurrence, en particulier sur le marché d’avenir: la fibre. En l’état actuel, Orange est prédominant sur le segment de la fourniture de services télécoms pour les entreprises (70%). Engagement de déploiement FTTH: "Yaplukafokon" Pour prendre un peu de hauteur, rappelons les objectifs de l’Etat à propos du déploiement du très haut débit en France. Le Plan France Très Haut Débit, initié en février 2013, porte sur un investissement de près de 20 milliards d’euros, dont 3,3 milliards d’euros de l’État, pour déployer les infrastructures de l’Internet très haut débit sur tout le territoire d’ici 2022 (du 30 Mbit/s pour tous, «essentiellement avec de la fibre optique jusqu’à l’abonné»). Une étape a a été fixée avec l’échéance 2020 visant à tenir un engagement d’accès haut débit à 8 Mbit/s pour tous, rappelle le site Internet de l’Agence du Numérique rattachée au ministère de l’Economie et des Finances. Selon un rapport d’étape publié par ses soins en juin 2018, les déploiements des opérateurs «sur leurs ressources propres» couvriront 60% des locaux en fibre optique jusqu’à l’abonné d’ici 2020. Tout aussi audacieux et toujours à la même échéance: 55% des Français auraient la possibilité d’accéder à une offre de fibre optique jusqu’à l’abonné. Les engagements seront-ils tenus? Ce n’est pas évident au regard du déploiement de la fibre sous forme de tâches de léopard en fonction des collectivités. D’un point de vue panorama européen, il est difficile de parler de bon élève pour le cas de France en termes de connectivité, et particulièrement sur le volet «adoption du haut débit rapide» (correspondant à des accès Internet offrant un débit supérieur à 30 Mbit/s). Le classement DESI 2018 (Indice relatif à l'économie et à la société numériques, qui sert de référence officielle en termes de statistiques UE) montre que la France pointe...à la 24ème place sur 28 pays membres. Fibre: l'accès wholesale contrarié chez Orange Il existe un problème de concurrence dans la fibre et les petits acteurs dans le secteur des télécoms ne s’y retrouvent pas, selon l’AOTA. Dans le courant de l’automne, l’association française des opérateurs alternatifs (50 membres) avait saisi l’Autorité de la Concurrence pour avoir son avis sur «l’intérêt de séparer fonctionnellement et structurellement les branches de détail et d’infrastructure d’Orange». Exiger la scission du groupe Orange, c’est gonflé comme cheval de bataille. Mais, fin janvier, l'AOTA a déchanté: l’Autorité de la Concurrence a indiqué «ne pas juger utile de donner une suite favorable à l’étude de cette saisine pour avis consultatif». Initialement, l’AOTA avait demandé cette séparation permettrait pour «éviter de multiples conflits entre les activités de détail et de gros (locations de services de capacité et/ou d’infrastructure à des tiers) en sus d’améliorer la qualité de service et les temps de production associés en plaçant l’ensemble des opérateurs sur la même ligne». L’association des opérateurs télécoms reproche à Orange des «problèmes répétés d’accès au Génie Civil» du groupe télécoms et l’absence d’une offre FTTH activée (bitstream) dans le catalogue d'Orange Wholesale France. Interrogé par Les Echos sur cette scission envisagée du groupe Orange, Sébastien Soriano, président de l’Arcep, a cité le cas du Royaume-Uni. «BT [British Telecom] a été scindé en deux. Openreach, la partie réseau, en monopole, n'a pas d'incitation industrielle à investir dans la fibre, ni à avoir une qualité de service élevée. En France, si Orange investit massivement dans la fibre, c'est parce qu'il y a intérêt. Il y aura toujours des nostalgiques du monopole. Nous, ce que nous voulons, c'est une concurrence totale, à tous les étages.» L’AOTA compte poursuivre ce combat au niveau de l’Union Européenne.