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Schneider Electric: la «smart factory» attendue au tournant sur les usages et le ROI

Schneider Electric

Genèse 1836
(voir historique)
Siège Rueil Malmaison
(Hauts-de-Seine)
Dirigeant Jean-Pascal Tricoire
Chiffre d’affaires
(2018)
25,7 milliards d’euros, dont 27% en Europe de l’Ouest
Effectif
(présence dans 100 pays)
137 000 personnes, dont 8500 ingénieurs en R&D
Cotation Euronext Paris
Références de clients Saint-Gobain, Ikea, Carrefour, UPS, Aldi, Target, Hilton

Schneider Electric est un groupe industriel de référence dans la fourniture de solutions d’automatisation et de technologies pour moderniser les outils de production industrielle (200 usines, 98 centres de distribution). Il surfe sur des thématiques comme la «smart factory » ou «l’usine 4.0» (avec le recours à la robotisation, l’automatisation, la réalité augmentée, l’impression 3D, l’intelligence artificielle…) pour mettre en avant sa gamme de produits.
En France, et malgré les appels du pied répétés du gouvernement et de BPIFrance, le tissu industriel a du mal à se mobiliser sur cette thématique, pourtant qualifiée de source potentielle de productivité accrue dans le paysage de la concurrence mondiale.
Avec Jean-Pascal Tricoire (PDG) aux commandes de ce groupe du CAC 40 de portée internationale (valorisé 46 milliards de dollars), Schneider Electric a acquis Aveva en 2017, une société britannique qui édite des solutions industrielles et d’ingénierie.
A côté de son architecture EcoStruxure, dédiée à l’optimisation de la gestion énergétique et le développement de l’automatisation, il compte sur cet actif précieux pour renforcer son offre globale (ou plus exactement multi-local pour coller au près de ses bases de clients en fonction des plaques géographiques).
Le 26 juin, Jean-Pascal Tricoire a dressé le bilan et la feuille de route de son groupe dans le cadre d’une journée dédiée aux investisseurs. Plus tôt dans l’année, dans le cadre du salon Smart Industries à Lyon, Place de l’IT a rencontré Serge Catherineau sur le stand Schneider Electric qui a servi de mini-laboratoire industriel pour démontrer son savoir-faire en termes de «smart factory».
L’expert marketing spécialisé dans la compétitivité de l’Industrie et de la transformation numérique explique pourquoi les entreprises doivent appréhender la transformation digitale dans le sens de «l’agilité» de leur capacité de production industrielle. En fin d’article, un encadré précise l’implication de Schneider Electric dans le domaine de la cybersécurité associée à l’Internet des objets industriels (IIOT)

Schneider Electric: interview de Serge Catherineau
Serge Catherineau, Directeur Marketing EcoStruxure et Industrie du Futur, sur le stand Schneider Electric (Smart Industries 2019)

Place de l’IT: Comment améliorer la productivité des entreprises à travers la digitalisation des processus?

Serge Catherineau: Les points d’amélioration dans le secteur industriel sont souvent mal organisés et mal placés. A travers les solutions Schneider Electric, nous nous inscrivons dans la “performance du lean” et le “full opératoire”. Nous apportons notre vision sur ce qui se passe sur les goulots d’étranglement, sur les causes de pannes et sur toutes les difficultés relatives aux cycles de production. Nous sommes en mesure d’interagir à travers la numérisation.
Par exemple, notre usine du Vaudreuil (Eure), sert de site-vitrine technologique pour un cas d’usage complet de cette révolution industrielle [son inauguration remonte à avril 2018].
En moyenne, le taux de rendement global (TRG ou TRS, indicateurs de performance d’un outil de production) d’une usine s’élève à 40%. Ce qui signifie a contrario que 60% du temps en usine est non productif. Il est possible de gagner entre 10% et 30% de rendement synthétique. Nous avons tellement optimisé les méthodes et la façon de résoudre les problèmes instantanés qui surviennent de manière récurrente que nous parvenons à un TRG de 70% dans notre usine à Vaudreuil. Une très belle performance! Il faut la comparer à un groupe français dans le secteur de l’aviation qui est capable d’afficher un TRG de 80%.
Si l’on prend le cas d’une PME-PMI «statique», le taux se situe à 20%. C’est catastrophique. Des industriels bien organisés peuvent parvenir jusqu’à 40%. Des entreprises qui prennent les choses en main sérieusement peuvent atteindre 60%. Avec notre approche, le retour sur investissement est énorme car nous redonnons de la capacité à produire si l’entreprise dispose du carnet de commandes.
Le dernier niveau, ce sont les hommes qui exploitent ses outils intelligents. Il faut donner de la perception cognitive à l’opérateur sur la machine afin qu’il puisse prendre les bonnes décisions. A condition qu’en termes de management, on lui donne le pouvoir d’agir. Cela fait partie du lean manufacturing. La question est de savoir comment ré-organiser la chaîne de décision et d’action pour gagner en efficacité. Pourquoi ne pas attribuer un budget à l’opérateur à un poste donné à condition que la productivité soit améliorée.

Schéma Schneider Electric: architecture EcoStruxure
Schneider Electric: architecture EcoStruxure

Quels principaux interlocuteurs industriels rencontrez-vous?

Auparavant, nous nous adressions aux responsables de maintenance et d’ateliers. Cependant, ils ne s’inscrivaient pas dans la sphère des décisions stratégiques de l’entreprise. A partir du moment où l’on commence à remonter dans la chaîne de maîtrise des données pour mieux contrôler les process et les écosystèmes, nous abordons les axes des grandes directions.
chneider Electric s’adresse aussi les directeurs de développements, des industries du futur ou de la transformation. Nous rencontrons aussi directement les directeurs d’usines. Les axes sont verticalisés et nous observons beaucoup de désilotages en entreprise.
Les choses évoluent beaucoup dans les organigrammes d’entreprise, en particulier dans les grands groupes automobiles. Dans ce secteur, j’ai en tête le cas d’un opérateur qui dispose d’une tablette pour la maintenance de sa machine, tout en disposant d’un accès au système d’information pour gérer sa paie. A côté, vous avez les DSI qui constituent un monde à part, mais qui doivent se plier aux cas d’uslisation des métiers . Y compris dans le cloud.

Sur la dimension «smart factory», quel niveau de compréhension observez-vous de la part des PMI?

Ces décideurs ont besoin qu’on leur propose un usage pertinent et un retour sur investissement évident. Quels tests sont-ils enclenchés et pour quels rendements? Ce tissu d’entreprises n’a pas les moyens de recourir à des bureaux d’études.
Ils attendent des retours et des partages d’expérience de fédérations comme l’Alliance Industrie du Futur. Aujourd’hui, nous sommes plus ouverts à la discussion entre les écosystèmes industriels voire entre concurrents.

Smart Factory: "Site-vitrine" Schneider Electric du Vaudreuil
“Site-vitrine” Schneider Electric du Vaudreuil (source: société)

Quel est le degré de sensibilité des industries vis-à-vis de la maintenance prédictive?

C’est typiquement un sujet qui intéresse les industriels. Notamment dans la gestion des machines critiques. La maintenance industrielle représente des dépenses de 22 milliards d’euros en France.
Cela représente 24% du coût des produits. Un arrêt de production d’une heure dans le secteur automobile représente une perte de 2,5 millions d’euros. Nous allons traiter en priorité les machines sensibles qui causent les arrêts de production.
Le deuxième souci porte sur la nature humaine, en lien avec le manque d’organisation. Ne sachant pas ce qui va se passer dans la chaîne de production, les responsables sont toujours en mode pompier pour gérer la crise. Comment être en capacité de s’organiser? L’analyse de données de signaux faibles permet de réaliser de la maintenance conditionnelle et prédictive.
Les prédictions pour indiquer que telle panne va survenir à telle échéance sont fiables à partir de techniques informatiques. Ainsi, nous avons placé ce type de dispositif pour des bobineuses installées sur notre site vitrine de Vaudreuil. Nous économisons 360 000 euros par an par bobineuse. C’est significatif.
Schneider Eletric propose des déclinaisons de dispositifs de maintenance prédictive, basés sur des capteurs non intrusifs liés aux process, aux machines tournantes (comme les turbines hydrauliques pour les barrages) ou au secteur manufacturier. Ils nécessitent des infrastructures convergentes pour l’Internet des objets (IOT) et des logiciels spécialisés fournis par des partenaires de Schneider Electric.
Sur l’Edge computing, nous fournissons les boîtiers matériels avec un pack logiciel pour l’infrastructure IOT et nos propres nœuds d’interconnexion, intégrant des technologies standards.

Comment facilitez-vous l’exploitation des données détenues par les groupes industriels?

Il s’agit de big data. Nous proposons des offres “clés en main”, mais elles ne sont pas uniquement basées sur une approche purement technologique. L’industriel est extrêmement pragmatique: «On ne cherche pas les données si l’on ne sait pas quoi en faire après.» D’abord, parce que cela représente un coût en termes d’infrastructures (edge, mémoire, réseau, électricité…) et de sécurisation.
Grâce à nos équipes de conseil qui ont été renforcées (audit, cybersécurité…), Schneider Electric est en mesure de discuter avec les responsables de maintenance pour réaliser des études économiques sur le rendement, et d’installer des capteurs et la plateforme d’exploitation de données associée, comme un datalake.
Nous pouvons aller jusqu’à l’hébergement de données dans les datacenters de Schneider Electric en France, à l’instar d’un Amazon Web Services ou d’un Equinix.

Dans quelle mesure exploitez-vous l’intelligence artificielle?

Nous la retrouvons dans l’analytique, associée à la maintenance prédictive ou l’optimisation du fonctionnement d’une machine.
Nous avons récemment réalisé des choses innovantes sur les fours verriers à travers lesquels nous optimisons le fonctionnement nominal de la machine. Objectif: améliorer son cycle de vie ainsi que la qualité des produits. Dans l’intelligence artificielle, nous travaillons toujours avec des partenaires et des écosystèmes d’experts.

Schneider Electric: les alliances technologiques
Schneider Electric: l’écosystème dense de partenaires technologiques

Comment les modèles économiques évoluent-ils au sein de Schneider Electric?

Auparavant, nous étions ancrés dans un business model de vente de produits et de fournitures de services technologiques. Sous l’angle de l’accompagnement dans la transformation digitale des entreprises, le modèle économique se tranforme, car il faut proposer diverses prestations: consulting (audit, conseil), conception des infrastructures, formation des collaborateurs…
Nous faisons aussi évoluer notre organisation et notre personnel pour adapter la gamme de services. Il faut également apprendre à travailler en écosystèmes. Cela modifie aussi les modèles économiques. Nous passons du licencing, de la transaction au co-selling, à la co-innovation, au co-projet, à la sin$gnature d’affaires en commun comme l’accord Schneider Electric – Teradata signé en 2018 [NDLR : développement de solutions personnalisées associant les dimensions industrielles et exploitation des données dans une approche «smart factory»].

Cybersécurité: protéger l’IIOT

Les 12 capacités cybersécurité de Schneider Electric
Les 12 capacités cybersécurité de Schneider Electric

En acquérant en 2017 la société britannique Aveva (spécialiste des logiciels industriels et d’ingénierie), Schneider Electric a décuplé ses capacités de cybersécurité associées à son offre de l’Internet des objets industriels («Industrial IOT») et plus globalement de son catalogue d’offres (comme son architecture EcoStruxure).
Le groupe français dispose désormais d’une division transversale spécialisée dédiée pour prendre en main ces activités. Ce volet est tout aussi essentiel que la protection des données personnelles, assure le groupe français.
Dans un Livre Blanc publié en 2018, il fait la promotion d’une stratégie multi-facettes en la matière: protection des processus internes (outils de collaboration, applications…), des systèmes informatiques et des actifs numériques, développement d’un framework sécurisé pour accompagner la transformation digitale associée aux problématiques de gestion de l’énergie et de l’automatisation, conception de nouvelles solutions avec des mesures de cybersécurité et de protection «de bout en bout» notamment à travers son architecture EcoStruxure.
Schneider Electric s’imprègne aussi de la culture Cyber de ses clients pour avancer dans les développements technologiques associés à l’IIOT et s’appuie sur un écosystème dense de partenaires: Deloitte, IBM, Microsoft, McAfee, ZScaler, Cisco, Amazon Web Services (adopté comme infrastructure cloud en interne), Intel, Lookout et un réseau de start-up comme la française Sentryo pour la sécurité IIOT (récemment acquise par Cisco).
En 2018, Schneider Electric a obtenu le Visa de sécurité pour la certification CSPN (Certificat de Sécurité de Premier Niveau) pour son automate programmable industriel Modicon M580 PAC délivrée par l’Anssi (agence nationale de cybersécurité).
Fin juillet, Schneider Electric a rejoint la nouvelle ISA Global Cybersecurity Alliance en tant que membre fondateur aux côtés d’autres fournisseurs de solutions industrielles comme Claroty, Nozomi, Johnson Controls, Rockwell Automation et Honeywell. L’ISA développe la série de normes de cybersécurité des systèmes d’automatisation et de contrôle.
L’objectif est de cette nouvelle organisation vise à «faire progresser la sensibilisation à la cybersécurité dans les installations et les processus de fabrication et d’infrastructures critiques à l’échelle mondiale».