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Evelyne Tourte – Groupe Total: «Pour une DSI proche des métiers»

Evelyne Tourte, DSI au groupe Total, présent au hackathon MDF 2018
Evelyne Tourte, DSI du groupe Total, présente au hackathon MDF 2018

Une femme à la tête de l’une des DSI les plus importantes d’un groupe français du CAC 40. Trop rare pour ne pas le souligner.
Début octobre, Evelyne Tourte, ancienne DSI de la branche Exploration-Production du groupe Total, a élargi son périmètre d’activité au niveau monde. Tandis que Frédéric Gimenez, qui occupait jusqu’à présent ce poste de DSI du groupe Total, a pris les fonctions de secrétaire général de la branche Raffinage-Chimie.
La DSI monde fédère un effectif global de 1600 personnes. Nous avons rencontré Evelyne Tourte à l’occasion de la récente édition du Meilleur Dev’ de France. Une interview pour cerner la nouvelle impulsion qu’elle compte donner à cette direction.
«Faster, smarter, safer, c’est notre motto,» affirme Evelyne Tourte. Elle compte poursuivre la transformation digitale du groupe en s’appuyant les métiers. Voici les premières pistes évoquées.

Place de l’IT: Comment s’organisent les activités informatiques du groupe Total au sens large?

Evelyne Tourte:
Il existe plusieurs niveaux au sein de l’organisation informatique. Le système d’information des fondations avec les services partagés (datacenters, applications, fonctions supports, SAP, postes de travail) est géré au sein de la branche Total Global Information Technology Services (TGITS) qui assure ses fonctions transversales pour l’ensemble des DSI de manière efficace et industrielle.
Nous comptons aussi des DSI pour les branches, spécialisés dans les différents métiers (500 en tout chez Total du géologue au distributeur). Quatre DSI pour quatre branches: Exploration-Production, Raffinage-Chimie, Marketing & Services et Gas, Renewables & Power (GRP).
De plus, ces DSI branches ont un savoir-faire très pointu mis à disposition des autres organisations. Ainsi, dans la branche Exploration-Production, nous sommes très forts sur le Calcul Haute Performance (ou HPC pour High Performance Computing). Cette expertise dans les calculateurs, nous l’avons mise au service de la branche Raffinage pour les process. De même notre savoir-faire dans les systèmes d’information géographiques (SIG) est à disposition de la branche Marketing & Services. A l’inverse, la branche Marketing & Services a aidé l’Exploration-Production sur tout ce qui Web et développement agile.
Une organisation en toile d’araignée très interconnectée, avec des fondations partagées. L’objectif consiste à rester proche des métiers afin de les accompagner dans leur transformation digitale. C’est cela qui nous fait vibrer.

Pouvez-vous nous fournir des exemples de projets associés à la transformation digitale?

Côté raffinage-chimie, le projet Total Industrial Mobility vise connecter des opérateurs avec tous les outils nécessaires à la réalisation des travaux de maintenance. Au niveau de l’exploration-production, nous avons mis en place des “smart rooms” : l’installation à distance de salles pour vérifier si un forage se déroule correctement. Cela permet à des experts métiers de conseiller des collaborateurs qui interviennent sur les plateformes de forage en mer. Cette aide peut être parfois centralisée depuis Paris.

Comment comptez-vous orienter la gouvernance DSI?

Je souhaite être le plus proche des métiers pour leur apporter une réelle valeur ajoutée en mode agile. C’est la nouvelle façon d’opérer, mais nous ne pouvons y parvenir qu’en partenariat avec les métiers. Il faut que les différentes parties convergent vers cette dimension d’agilité. Nous avons identifié certains sujets à adresser comme l’industrie 4.0 et la vision client à 360° pour le Marketing & Services, et de nouvelles façons de travailler par exemple.

Cette nouvelle façon de travailler passe-t-elle préalablement par la nécessité de briser les silos?

L’ancien mode de fonctionnement est éprouvé sur un certain nombre de besoins en termes de cahier des charges et de maintenance. Toutefois, pour la transformation digitale, je pense qu’il faut approfondir dans le sens de la co-construction. Cette collaboration portera ses fruits si chacun apporte son angle de vue et ses compétences techniques. Les métiers fournissent aussi un éclairage pour modifier les processus. Ce n’est pas une question d’opposition :  les deux approches sont nécessaires et complémentaires.

Total-TCS: partenariat Raffinerie 4.0 (extrait infographie)
Total-TCS: partenariat Raffinerie 4.0 (extrait infographie)

Comment abordez-vous la collaboration avec Gilles Cochevelou, le Chief Digital Officer du groupe?

Nous travaillons avec lui sur certains programmes. Par exemple, nous venons de déployer Office 365 [suite bureautique dans le Cloud de Microsoft] pour plus de 70 000 collaborateurs. Un travail mené conjointement par la DSI et la direction digitale. La DSI qualifie le projet, le gère au niveau technique et en assure le déploiement matériel, et la direction digitale prend en charge l’adoption, le «change management».
Autre exemple, nous venons de nous associer à Tata Consulting Services pour créer un centre d’innovation en Inde, appliqué à l’industrie 4.0 (cf extrait infographie à gauche, pour voir au complet). Ce projet a été mené de façon transverse, impliquant la DSI, la R&D et la branche Raffinage Chimie. L’innovation n’est pas silotée. Au contraire, elle implique de faire travailler les différents métiers ensemble. C’est une façon de travailler plus productive, plus agile.

Comment s’est déroulé le processus de conformité au Règlement Général sur la Protection des Données au sein du Groupe?

Chez Total, nous avions déjà pris à bras le corps le sujet des données personnelles. Nous faisons attention à ces sujets et nous avions anticipé la conformité RGPD. Cette démarche s’inscrit dans notre ADN, et le processus de conformité n’a pas eu d’impact sur l’informatique. Nous avons participé à cette démarche de conformité RGPD qui est un sujet principalement traité avec la direction juridique du groupe.

Dans quelle mesure le système d’information de Total s’ouvre-t-il aux partenaires extérieurs?

Nous avons une approche très pragmatique avec le Cloud et les plateformes. Cette ouverture fait partie de la dimension agile pour aller beaucoup plus vite. Une DSI a notamment testé ce développement, lorsque je m’occupais des foreurs [à la DSI de la branche Exploration-Production, ndlr]. Sans passer par le tunnel des cahiers des charges, ils pouvaient interagir directement en mode co-construction et se sont montrés ravis de proposer des idées qui se sont concrétisées.

Avec quels partenaires Cloud collaborez-vous le plus?

Nous avons basculé sur Office 365 au niveau groupe. Par ailleurs, Total a également établi un partenariat avec Google sur l’intelligence artificielle, autour du traitement de données et d’images, comme la reconnaissance automatique des failles sismiques ou la reconnaissance sémantique.
Nous ne sommes pas mono-carte sur le volet des partenariats. Tout dépend des expertises affichées et de l’apport généré pour notre groupe.

Total a participé à l’édition 2018 du Meilleur Dev’ de France. Qu’est-ce que cela vous apporte?

C’est la troisième fois que nous participons à cet événement autour d’un parcours que je trouve ludique.
Je suis ravie et hyper-fière du score. Sur les 150 finalistes, cinq viennent de chez Total. Nous n’en avions que deux l’an passé.
C’est la première fois que j’assiste au Meilleur Dev’ de France: je ne pensais pas trouver cette ambiance de geek si attachante.

Est-ce aussi un moyen de recruter des développeurs pour Total?

Effectivement. Nous voulons montrer que nous avons des super projets avec des volumes de données à traiter pour le volet data-science. Nos géologues et géophysiciens sont même surpris de la façon dont nous abordons les sujets.
Pour l’Internet des Objets, nous exploitons aussi des données issues des capteurs pour de la maintenance prédictive, mais également pour évaluer la consommation de produits disponibles en station-service.
Actuellement, nous recherchons des profils Data Science, Cloud et IoT. Les demandes varient en fonction des branches du groupe. En ce moment, nous recrutons des data-scientists.
Il nous arrive aussi de développer nous-même des logiciels historiquement en interne, comme celui relatif à l’interprétation sismique, exploité par la branche Exploration-Production. Les premiers développements remontent aux années 90. Ce logiciel est même reconnu par nos pairs, chez les autres groupes pétroliers. C’est vraiment toute notre expertise R&D qui est intégrée dans ce logiciel. Nous avons besoin de profils spécifiques de développeurs qui comprennent nos métiers et la physique, et qui savent comment optimiser le code sur nos supercalculateurs.

Comment incitez les femmes à se tourner davantage vers le secteur numérique?

J’aimerais bien développer des idées sur le sujet. Il faudrait augmenter l’attractivité des sciences dès le lycée. Au gré des années, cela s’étiole. Et nous arrivons au final avec une proportion d’étudiantes dans les écoles d’ingénieurs ou les filières scientifiques qui se situent dans la fourchette 20 à 30%. Et nous retrouvons ce même niveau de pourcentage dans les DSI. Et c’est aussi le cas pour l’informatique au sein du groupe Total.
Pour ma part, je cherche des moyens de valoriser le travail effectué par ces talents au féminin.