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Industrie 4.0 : l’innovation au service de l’efficacité en entreprise

L’émergence de l’approche industrie 4.0 entraîne-t-elle une transformation globale des process industriels ?
La montée en puissance est indéniable au niveau des conglomérats. Mercredi 17 mai, le Club de la Presse Informatique B2B présentait un panel d’acteurs impliqués dans cette transformation qui associe des initiatives IT (Internet des objets, big data, réalité virtuelle, impression 3D, « jumeaux numériques »…).
Marquées par le sceau de la convergence technologique, elles sont censées favoriser la croissance des entreprises par le biais de la modernisation de l’appareil productif.
Présents à cette table ronde organisé à Paris, cinq éditeurs de solutions et fournisseurs de services du secteur numérique ont apporté leurs témoignages dans ce sens.

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Légende photo : de gauche à droite : Nicolas Roger (Equinix), Michael Rolland (Econocom), Marc Bousquet (Accenture), José Diz (CPI-B2B), Bernard Fourdrinier (Teradata), et Pascal Brosset (Capgemini).

Intervenant dès l’introduction, Pascal Brosset, Directeur Technique Digital Manufacturing chez Capgemini, énumère quatre niveaux de process industriels marqués par leur rigidité respective, leur valeur plus ou moins ajoutée, l’approche propriétaire des technologies (notamment au niveau des SCADA) et des outils de production difficiles « extrêmement coûteux » à faire évoluer (comme les ERP exploités en aval de la chaîne).

Exploitation de la data : un volet stratégique

Voici quelques perspectives mises en avant lors de cette table ronde « IT pro » autour des perspectives de l’industrie 4.0.
Toujours au nom de Capgemini, Pascal Brosset prône un meilleur usage des assets existants disponibles en entreprise pour un «rendement rehaussé» et «un investissement raisonnable».  En l’état actuel, le représentant du groupe de services informatiques d’origine française et d’envergure internationale évoque un taux de 20% des données nécessaires à l’exploitation disponibles uniquement une semaine après. Dans un modèle industriel 4.0, il faut tendre vers un accès à 100% en temps réel avec «l’assistance de l’intelligence artificielle».
De son côté, Marc Bousquet, directeur d’Accenture Technology France, estime que la très grande majorité des données qui remonte «ne permet pas vraiment de décider» sur la foi d’éléments tirés de son approche «Industry X.O» relative à la transformation numérique de l’industrie. Une situation susceptible d’engendrer «des moments assez graves dans la supply chain».
Sous l’angle de l’industrie 4.0, la primeur doit être donnée aux «systèmes ouverts» avec le déploiement de capteurs permettant de collecter des données à partager.
Dans le prolongement de la réflexion, Bernard Fourdrinier, Partner Business Consulting Manufacturing chez Teradata, évoque la nécessité de créer des passerelles pour l’exploitation des données. Surtout lorsque les machines industrielles ne sont «guère communicantes». Une condition sine qua non pour «faire de l’analytique» (au cœur du business de l’éditeur d’origine américaine avec ses solutions d’entrepôts de données) et «produire plus rapidement».
Objectif : produire en masse en vue de fédérer l’information au service des métiers. «Comment regrouper les données à agréger pour les patrons de production et les adresser aux bonnes personnes?», suggère Bernard Fourdrinier. Et ce, afin d’évoluer «vers d’autres dimensions et développer de nouveaux services».

L’indispensable cloud

La marge de progression du marché du cloud pour les entreprises est grande. Et elle devrait s’accentuer à l’ère de l’industrie 4.0.
Nicolas Roger, Manager de l’équipe Solution Architect chez Equinix, souligne que les données demeurent en majorité stockées on premise (dans l’enceinte des sites d’entreprise). Mais les usages évolue très vite avec la vague du cloud.
«Il faut pouvoir stocker les données au plus près du cloud et des partenaires data», évoque le représentant de la branche française de ce géant de l’hébergement Web, qui gère un des plus grands réseaux de datacenters dans le monde (sept rien qu’en France). «Les entreprises cherchent à repenser leur infrastructure, au plus près des clouds en vue d’un traitement dans un délai raisonnable,» poursuit Nicolas Roger. «Si l’on veut une puissance de calcul, il faut passer par le cloud.»
Au nom de Capgemini, Pascal Brosset préfère mettre met sur le piédestal les présumés vertus liées au Edge Computing ou l’art d’exploiter le potentiel du cloud pour rapprocher les données des terminaux et faciliter ainsi leur acquisition. « Il faut des capteurs cloud et edge, des réseaux 5G privés avec la création de stacks de données en parallèle,» modélise le représentant du groupe de services informatiques d’origine française et d’envergure internationale.

…pour gagner en vélocité

C’est une problématique de bande passante en gigabits (qui peut coûter cher du point de vue d’un opérateur): il faut que la donnée soit proche en vue d’une latence réduite et d’une disponibilité rapide.
Des business cases dignes de l’industrie 4.0 émanant du groupe américain GE (groupe industriel impliqué dans des secteurs comme l’aviation ou l’énergie) reviennent souvent au cours de la discussion du Club de la Presse Informatique B2B. Notamment en termes de conception de moteurs d’avion: des capteurs embarqués facilitent la maintenance en collaboration avec les compagnies aériennes clientes.
Sans oublier la maintenance prédictive. Selon Nicolas Roger d’Equinix: GE réalise la vente de moteurs d’avion en garantissant les heures de vol aux compagnies aériennes.
Au-delà de la dimension technologique, on aboutit à un changement de paradigme dans le modèle économique: il ne s”‘ait plus de vendre des produits industriels, mais de proposer des services associés à leur exploitation qu’il est possible de commercialiser par abonnement.
«Une compagnie aérienne qui délègue le maintien des moteurs à GE bénéficie d’un gain évident, car son “balance sheet” bascule chez GE. Et cela a un impact direct sur la performance», enchaîne Pascal Brosset de Capgemini. Le prestataire mondial de services informatiques s’implique dans ce sens avec GE Digital, la division du conglomérat chargée de l’innovation digitale.
Autre exemple déniché cette fois-ci en Espagne: Teradata évoque le cas de la compagnie ferroviaire Renfe. Son partenaire Siemens ne lui vend pas vraiment des trains mais plutôt une prestation de disponibilité pour que les clients voyageurs de le Renfe entre Madrid et Barcelone arrivent à l’heure.
Comment? En assurant que les défaillances techniques seront limitées. «C’est un moyen d’être agile pour se différencier de la concurrence», Souligne Bernard Fourdrinier.
Autre variation sur le thème de la mobilité: Equinix évoque des projets dans le secteur effervescent de l’automobile connectée et autonome. «L’information qui remonte est de petite taille, mais elle doit être restituée rapidement,» précise Nicolas Roger. «Au final, il faut pouvoir réagir dans un délai proche de la milliseconde.»
Autre cas où la latence devient critique, la télémédecine. Nicolas Roger réaffirme cette nécessaire «prédictibilité afin de garantir que l’information est traitée et restituée rapidement.»

Jumeaux numériques, réalité virtuelle, impression 3D : vite des prototypes

On l’a compris : l’industrie 4.0 est friande de technologies. Notamment en termes d’immersion (réalité virtuelle, augmentée ou « mixte » façon Microsoft/HoloLens).
Bernard Fourdrinier de Teradata évoque le partenariat avec Boeing aux USA pour la création de «jumeau numérique» d’un modèle de moteur d’avion. Ce qui se traduit par «une collaboration avec un hologramme en temps réel» pour détecter les failles éventuelles dans la conception des moteurs et d’évaluer quand une pièce détachée risque de tomber en panne. Objectif : assurer au maximum la disponibilité des avions sachant que les compagnies aériennes détestent voir ses engins cloués au sol (pas de vol=pas de business).
«L’énorme révolution, c’est la capacité à monter des prototypes rapidement pour les mettre sur le marché le plus rapidement possible», analyse Pascal Brosset de Capgemini. L’impression 3D (ou fabrication additive) entre également dans des business cases très spécifiques de production de composants comme des injecteurs dans les moteurs d’avion.
Plus proche du domaine marketing, Marc Bousquet, Directeur d’Accenture Technology France, évoque la collaboration entre Adidas et Siemens. Les deux groupes élaborent des séries limitées de chaussures de courses pour les athlètes. Mais, dans ces conditions, «la chaussure coûte très chère à produire en raison de l’installation de l’infrastructure», constate-t-il. Le process peut aboutir à la création de nouveaux services. «C’est aussi une question de ROI [retour sur investissement]», tempère Marc Bousquet.
Au nom d’Econocom, Michael Rolland, Directeur Marketing France, évoque la réalité virtuelle et augmentée sous l’angle de la transformation de l’espace de travail numérique en entreprise. Il se montre agréablement surpris par le potentiel de la technologie de réalité mixte que peut procurer HoloLens de Microsoft, en fournissant des informations en surimpression au porteur de ces lunettes. «Tout en gardant les mains libres, il est possible d’appliquer des images virtuelles sur un produit passant sur la chaîne à l’étape de la soudure. Chaque point à souder est alors éclairé par un point rouge et la qualité de la soudure vérifiée par l’application,» rapporte Michael Rolland.
L’ensemble des grands groupes français de l’indice CAC 40 expérimentent ce type d’implémentation, selon Econocom, qui a signé un accord de distribution des kits HoloLens avec Microsoft en Europe en octobre 2017. Le recours à la réalité virtuelle peut également servir dans des cycles de formation sous la forme de serious gaming.
Ou pourquoi pas confectionner des hamburgers chez McDonald’s aux USA ou monter des programmes de compréhension d’appareils numériques pour les employés du groupe de distribution Walmart pour mieux répondre aux clients exigeants lors du Black Friday (période de supers promotions en fin d’année dans les magasins).

Emploi et compétences numériques : gare au goulet

D’autres vagues technologiques comme les cobots (robots collaboratifs) auraient pu être évoquées lors de cette table ronde du CPI B2B.
Selon Michael Rolland d’Econocom, avec l’essor 4.0, le secteur de l’industrie devrait devenir plus «sexy» sous le signe de l’innovation. Notamment pour attirer les ingénieurs et d’autres profils pros de l’IT, toujours en pénurie. Parallèlement, selon l’INSEE, l’industrie aura besoin de recruter 110 000 personnes par an d’ici l’horizon 2025 pour compenser les vagues de départs à la retraite et assurer la relance de l’activité.
Le secteur fera émerger de nouveaux métiers : techniciens imprimante 3D, programmeurs, pilotes de ligne de production automatisée, etc. Toutefois, il devra aussi se confronter aux vagues de suppressions de postes associées à la montée en puissance des technologies d’intelligence artificielle, susceptibles de faire disparaître des pans de métiers.
Cependant, le problème de pénurie de talents dépasse cette sphère d’activité industrielle en France. Selon le Conseil d’orientation pour l’emploi (COE) dans son tome 2 du rapport “L’impact sur les compétences” , publié en octobre 2017, 80 000 emplois seront vacants dans les technologies de l’information et l’électronique d’ici 2020 dans l’Hexagone.

Cybersécurité : esquissée mais ne pas esquiver….

«La cybersécurité reste la préoccupation numéro un de nos clients», assure Marc Bousquet, Directeur d’Accenture Technology France. On peut le comprendre à l’ère de l’industrie 4.0, à forte connotation technologique.
L’ANSSI (Agence nationale des systèmes de sécurité d’information) se montre vigilante en la matière, notamment en publiant des guides sur la cybersécurité des systèmes industriels.

Bonus Twitter : What Is Industry 4.0 ? v/ @EssentraPipePro