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Unique en Europe: Atos ouvre un centre d’essais pour supercalculateurs

Atos: centre d’essais des supercalculateurs
Atos: centre mondial d’essais des supercalculateurs à Angers

Héritage de Thierry Breton en lien avec son départ accéléré de la direction d’Atos, le nouveau centre mondial d’essais des supercalculateurs d’Angers illustre les ambitions du groupe technologique français en matière de supercalculateur (HPC, high performance computing).
Lors de l’inauguration de ce complexe le 19 septembre dernier, le principal intéressé ignorait-il qu’il allait être propulsé sous les feux de l’actualité de l’Union européenne pour accéder à des fonctions de commissaire (voir encadré sous l’article).
Le vaste bâtiment, ouvert en juillet, a vocation à recevoir «plusieurs dizaines de clients HPC par an». Pour l’inauguration organisée à la rentrée de septembre, 25 d’entre eux venus de divers horizons géographiques (Danemark, Royaume-Uni, Allemagne, Norvège, Finlande, Luxembourg…) avaient assisté à une présentation par Atos de ce nouveau centre.

Thierry Breton - Atos: visite à Angers dans l'usine HPC
Thierry Breton a enfilé la blouse blanche pour la visite de l’usine d’Angers (septembre 2019)

Souveraineté numérique

Pourquoi choisir Angers, préfecture du département de Maine-et-Loire (région Pays de la  Loire), pour implanter ce centre d’essais des supercalculateurs?
Un rappel de l’historique du groupe s’impose. Depuis l’acquisition de Bull en 2014, Atos a poursuivi le développement au niveau local du site industriel et d’une chaîne logistique pour l’industrialisation, la fabrication, l’intégration et des tests de produits informatiques de haute technologie (250 employés, 25 000 mètres carrés).
L’extension de l’activité à un centre d’essai des supercalculateurs paraît donc naturelle sur ce site historique d’Angers, où Bull assure une présence depuis près de 60 ans. A l’ère de l’intelligence artificielle et avec l’avènement de l’informatique quantique, Atos a misé sur ce complexe industriel d’Angers pour exposer son savoir-faire HPC.
«C’est une question de souveraineté numérique et de protection des données pour la France et l’Europe. Atos est le numéro un dans les supercalculateurs. D’ailleurs, nous sommes les seuls en Europe», martèle Thierry Breton. «Ce laboratoire joue également un rôle important pour assurer à l’Europe une position d’acteur majeur du supercalcul au niveau mondial.»
Une tonalité de discours qu’il devrait amplifier au niveau de la Commission européenne, pour peu que sa candidature soit validée au poste de commissaire à pourvoir pour superviser un large portefeuille de domaines: marché intérieur, politique industrielle, défense, espace et numérique.

Atos HPC: inauguration du centre d'essais de supercalculateurs
Thierry Breton et Vincent Sarracanie (Atos) en compagnie de Christophe Béchu (maire d’Angers) et Paul Jeanneteau (Conseil régional des Pays de Loire) ont coupé le cordon.

Un financement régional et européen

Lors d’un voyage de presse organisé à Angers le 19 septembre, Place de l’IT a assisté à l’inauguration de cette extension du site industriel, en compagnie des principaux managers concernés: Thierry Breton était accompagné de Pierre Barnabé, directeur général des activités Big data & Cybersécurité, Vincent Sarracanie, directeur général des Achats de la Production et de la chaîne d’approvisionnement du complexe technologique angevin, et Arnaud Bertrand, Group SVP, Head of Big Data & HPC chez Atos depuis un an et demi (ex-Bull). Des élus locaux avaient également fait le déplacement comme Christophe Béchu, maire d’Angers et Président de la métropole Angers Loire, et Paul Jeanneteau, Vice-Président du Conseil régional des Pays de Loire.
L’occasion de découvrir le puits de connaissance de Thierry Breton, à la fois sur les questions technologiques sur le HPC et le quantique et sa décontraction avec les représentants locaux. «Quand on a fait de la politique, on sait tout faire», glisse en aparté le patron d’Atos à ces interlocuteurs de la ville d’Angers ou de la Région en jouant au VRP lors de la visite de ce nouveau centre technologique. Un clin d’œil au monde politique qu’il a cotoyé de manière plus assidue lors sa prise de fonction de ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie dans la période 2005 – 2007 (gouvernement Raffarin III sous la présidence de Jacques Chirac).
Chez Atos, on retrouve régulièrement des liens avec l’Union européenne. Ainsi, sur le volet du financement, le centre d’essais des supercalculateurs est cofinancé par les fonds européens de développement régional (Feder, avec un apport de 1,2 million d’euros) et un investissement de 600 000 euros de la région Pays de la Loire.

Atos: centre d'essais de supercalculateurs
Atos: centre d’essais de supercalculateurs avec la mise en avant de l’expertise Quantum Learning Machine

Un centre éco-technologique

Ce nouveau centre d’une surface de 2000 m2 est en mesure d’accueillir les organisations clientes d’Atos dans le segment HPC, (agences gouvernementales, entreprises, centres de recherche…) éparpillées dans le monde, pour tester leurs équipements de supercalculateurs en conditions réelles avant expédition et livraison.
Sur le papier, le complexe est capable «d’accueillir l’équivalent de 48 supercalculateurs Bull Sequana».
Il devient la principale fenêtre d’innovation du groupe avec une pointe éco-technologique. En effet, l’infrastructure du laboratoire intègre un système de refroidissement éco-énergétique utilisant un fluide frigorigène à faible PRP (potentiel de réchauffement planétaire) et exploite le free cooling pour refroidir l’eau nécessaire à l’exploitation des machines puissantes qui dégagent de la chaleur. Une technique qui s’est généralisée dans les réseaux de datacenters.
Selon Atos, il est possible d’aboutir à 75% d’économie d’énergie à travers ce mix technologique.

Atos - centre d’essais HPC: quelques détails techniques
Atos – centre d’essais HPC: quelques détails techniques

En guise d’optimisation énergétique, un système permet de récupérer une partie de l’énergie nécessaire au fonctionnement du super labo pour chauffer ou refroidir les bureaux connexes. A ce titre, Atos affiche un coefficient de performance (COP) de 6, «deux fois plus efficace qu’avec un système standard». Le COP étant le rapport entre la puissance de chauffage/refroidissement fournie et la charge de travail requise.
Vous pouvez découvrir d’autres caractéristiques techniques en cliquant sur la photo de droite. Pour être complet sur le volet «green IT» de l’infrastructure, le centre technologique angevin est équipé d’un toit végétalisé et de bornes de recharge pour véhicules électriques. L’installation de panneaux photovoltaïques sur le toit est prévue en 2020.

Le Sénégal, un des premiers testeurs du centre HPC

«A travers ce centre d’essai, l’objectif consiste à tester la puissance, la capacité et l’adaptation des algorithmes des clients. Chaque configuration HPC (haut de gamme du supercalculateur) est personnalisée en fonction des besoins de chaque client», précise Pierre Barnabé, directeur général des activités Big data & Cybersécurité d’Atos lors d’une courte discussion menée juste avant le point presse final de Thierry Breton.
Les tests peuvent s’étaler sur plusieurs semaines en fonction des besoins exprimés par les clients, et le degré de sophistication des configurations HPC. «Une fois la machine construite, elle est cousue main avec des processeurs particuliers, des cartes graphiques et l’application et les environnements applicatifs qui viennent se porter sur ces machines. Une fois ces machines livrées, elles n’ont pas de défaut mécanique, de connectique, d’implémentation logicielle et nous améliorons sensiblement la qualité», explique le patron d’Atos.

Atos HPC: point presse à Angers
Thierry Breton avec Pierre Barnabé (DG activités Big data & Cybersécurité) et Vincent Sarracanie, DG de l’usine d’Agens

Lors de la visite dans le centre en compagnie de la délégation locale, Thierry Breton a dévoilé quelques pistes sur les récipiendaires des HPC en cours de livraison.
Une configuration partira au Sénégal pour le compte du ministère de la Recherche (il servira notamment à des simulations appliquées à l’agriculture). Une destination choyée par Atos qui dispose déjà d’un bataillon de 500 ingénieurs sur place («et nous allons monter à 2000», assure Thierry Breton). Un autre supercalculateur est destiné à un client brésilien dans le secteur de l’énergie (mais son nom n’est pas communiqué). «Nous travaillons aussi pour le compte du gouvernement américain. Nous savons que les supercalculateurs livrés servent à l’armée. Nous ne sommes pas dupes», relativise Thierry Breton.
Le coût des machines est estimé entre 10 et 150 millions d’euros en fonction des configurations plus ou moins élaborées. Les frais engendrés par les tests HPC au sein du centre sont intégrés dans la facture globale. Cependant, Atos n’apporte pas de précisions sur ce volet qui fait partie des négociations commerciales engagées avec chaque client.

Atos: qui succède à Thierry Breton?

Le 24 octobre, le conseil d’administration d’Atos annonce qu’il se sépare de Thierry Breton après la volonté exprimée par le Président de la République Emmanuel Macron de proposer sa candidature comme Commissaire représentant de la France à la Commission européenne.
Pour éviter tout conflit d’intérêts, sa démission en qualité de P-DG est effective depuis le 31 octobre. En attendant la confirmation de sa nomination côté UE, Thierry Breton demeure toutefois président non exécutif du conseil d’administration du groupe technologique (12 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 110 000 salariés).
Une transformation de la gouvernance a commencé avec Elie Girard promu au poste de directeur général (jusqu’ici, l’ancien manager venu d’Orange occupait les fonctions de directeur général délégué).
Si tout se passe comme prévu, Bertrand Meunier devrait être nommé président non exécutif du conseil d’administration d’Atos. Pour écarter tout soupçon d’accointance, Thierry Breton déclare avoir cédé la totalité de ses actions d’Atos. Il a également mis un terme à ses mandats d’administrateur dans diverses organisations comme Worldline (filiale d’Atos), Carrefour, Sonatel (opérateur télécoms au Sénégal) et une filiale française de Bank of America.
La semaine prochaine, Thierry Breton devra commencer à convaincre le Parlement européen qui validera ou non sa nomination à ce poste stratégique pour la politique industrielle au sein de la Commission européenne.